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De nouveau D. m’a rassasié.

La house en mille plis imite le froissement de ses vêtements. Raphaël assis dessus, la tête à peine penchée s’endort. Et sur ses yeux quasi-fermés, il y eut un scintillement. La lumière mystique se rend jolie en son reflet, sur les cils de soie, par la lune. Alors, je me suis approché, tout prêt de son visage — des anges.

Les premiers arrivés ne bougent plus depuis longtemps déjà ; stoïques s’agrippent de toute leur force, luttent pour ne perdre la place, dans la broussaille ciliaire plantée sur l’arche : une fine couche-lisière ; et dévoile et protège deux billes, deux soleils noirs.

A chaque battement, tous nombreux qu’ils sont, s’envolent s’élèvent ceux du dessus, en haut du front, à la naissance des boucles s’accrochent et se balancent dans l’Horloge-Boussolaire : la gare de tous les trains de La-Minuit, du Couchant vers l’Orient sur une mèche d’or en riant, partent reviennent et repartent encore, — comme ces singes dorés sur leurs lianes —, la tête la première se laissent tomber ! Réceptionnés au creux de la courbe ils glissent à tout allure ! Les ailes plaquées au corps, le long de la rampe retroussée, au bout du nez s’envolent de plus belle vers les denrées rares du nouveau monde. De la bouche des cohortes profanes les épiphanes sont mortes depuis que tu es venu au monde; mon fils.

En face j’ai vu mes ennemis tomber. Ils étaient aux agonies et j’étais à genoux. Et quand mes mains gorgées de leurs ralles égorgeaient leurs poésies, la mienne s’en allait ; alors, je me suis arrêté, à temps…

Poème de Nissim Adda

Peinture de Rosso Fiorentino

Ce jour là d’corvée …, j’allais chercher l’aîné à l’école.
j’entrepris le trajet à vélo. Bancal le vélo … N’empêche que le voyage, de moi même et du gamin de gouaille, de l’école au bercail me fit voyager des ailes du bonheur. Je vous le dis : Ça existe le bonheur !

C’est d’une doudoune rouge vif aux portes de l’école qu’il m’a cueillit. Et moi habillé comme un chlag, le vélo vert … : C’est l’trio gagnant ! Repérés, on peut dire qu’on l’est ! la joie s’repère facile ici bas. Ici … là, dans le quartier cimetière de Saint-Ouen, les silhouettes mortes reprennent vie à notre passage ! de rires même !
En présence d’êtres libres ils aspirent le devenir. Une brindille aux yeux foncés posée de tout son rire, son dos contre mon torse, sur mes genoux l’gamin ! – « Mes quenoux […] » qu’ils disent les fistons quand ils s’parlent, – Mais non mais non : Debout sur l’cadre parfois ! Les pieds se croisent et les mains comme elles peuvent tiennent le guidon et font tinter la sonnette ridicule … Ça roule, tout roule et chaque coup de pédale dans le temps œuvre sur les boucles blondes, laisse place aux ondulements châtains, tendent vers le raide maintenant, et la pente … Et la pente !!! «Le monde vous appartient ! » s’disaient les anges sur nos épaules, conscients de vivre des notes heureuses entre les murs gris du quartier du coin, ils défilent les murs, les jours … Et l’hiver qui émèche nos âmes …; qui tente de griser encore plus les souvenirs en construction, – jolis les souvenirs – , ne nous atteint pas. Nous ne sommes jamais ivres pour rester heureux, l’éméchement suffit.

Poème de Nissim Adda
Photo du film The kid(Charlie Chaplin)

La nuit tombe et je tombe avec elle.

La question se pose toujours. S’est-elle toujours posée ?

Le piano apparaît lumineux. Jasent les accords d’une guitare basse et pleure la clarinette … Elle raconte ce que jamais aucun homme n’a su raconter. Elle pleure toujours même quand elle rit. Elle vit toujours …, même si elle pleure.

La souffrance je ne la comprends ni ne la souhaite à mon pire ennemi. Qu’ils tombent les ennemis d’Israël ! Qu’ils tombent et qu’ils emportent les peines et les douleurs avec eux. Que se réjouisse le monde des saveurs de l’Éternel. Le vin déborde du verre laissant trembler mon front dans un reflet bordeaux. La bouteille reste remplie. Elle ne se videra plus. Abondance d’un nouveau temps, l’Histoire peut enfin commencer. En attendant la question se pose toujours :

Emportent-ils, dans le gouffre de leur chute les accords majeurs ? les peintures et les danses ? Les chantres transgressifs ? Les silhouettes minces et les vêtements instables qui se battent contre le vent ? Ils me donnaient pourtant l’impression de planer. S’ils planent si haut, contiennent-ils de la lumière ? La même qui éclore de la bouche du sage. Ses mains sont lourdes, ses épaules tombent mais ses paroles volent à notre secours …, nous allègent des souffrances messianiques et de la bêtise ambiante. La même qui rend drôle les bambins sales et mal coiffés. Tombent en riant et se lèvent en pleurant.

La nuit tombe et je tombe avec elle.

Poème de Nissim Adda
Peinture de
Maurycy Gottlieb

 

…Je ne sais pourquoi je suis parti, ni même ce qui m’était prévu. Et on m’a placé dans un hôtel de la ville d’Eilat. Y’en a qui disent qu’elle ne fait pas partie d’Israël la jolie portuaire, trop excentrée …, et Jérusalem dans cette phase ne m’était prévue. Elle s’était perdue, trop loin en mon âme laissant les faiblesses de la chair prendre le dessus.


Ô Jérusalem, j’aspire assouvir les exigences que tes jolies sœurs m’offrent. Jalouses-tu, colline de Sion, la mer ou l’apaisement ? Peut-être les deux …?

Qu’importent les sacrifices les bêlements …
Si discrète en zarka ou méandres,
Mes larmes se mêlent à qui me ment
Des larmes d’autels, d’idoles …
Alors, Je ne les jalouse mes sœurs
Les choses immondes l’odeur
Du soufre sur elles m’isolent …
Par le torrent du Cédron
Dans la mer morte elles céderont

Le bruit des vagues ?
l’apaisement me laissera(it) l’entendre …

En attendant se trouvent sur moi
Les mêmes odeurs le même effroi
Tu y participes alors qu’elles
N’exigent « rien » de tout celà.

Elles m’hebergent pourtant, là …,
Les villes qui ne sont comme toi,
Bien cosy; mais en leur sein,
En leurs saints je ne t’oublie.
Perdu dans leurs mœurs moi !
ton mur contre mon coeur se moie
Encre et scories se mélangent …
Dans ce pot où trempe ma plume
Ils pleurent les anges,
En vapeur leurs larmes s’hument :
Comme les tiennes dans le nahal,
— Sous le soleil le chercheur sue —
Me volatisent les dédales …,
Jusqu’à mon nez ! Et je ne sus
Me contenir même si,
Les sages du monde dans l’Humaine firme
— Tu le sais, je ne le suis —
Ne se targuent je l’affirme :
Tes sœurs même loin …, «t’envient» !
Je témoigne : qu’elles m’entendent !
N’y dévoile pas tant de secrets si
Lui seul leur suffit…;
Qu’en exhale se répande
La nature de ce qu’il est …! Si …
…je t’oublie, Jérusalem, si je t’oublie, Jérusalem …

Poème de Nissim Adda
Peinture de Aryeh Weiss